La réutilisation des eaux usées pour l'irrigation : une solution locale pour des situations critiques à l'avenir

Type de ressource
  • publication
Thématique
  • environnement - milieux naturels
  • eau-agriculture
  • asssainissement
  • économie d'eau
Description (le point sur n°191 - juin 2014)
Note de synthèse du CGDD sur la réutilisation des eaux usées pour l'irrigation. Ses auteurs voient dans cette pratique, consistant à récupérer les eaux en sortie de station d'épuration plutôt que de les rejeter dans le milieu naturel, une solution locale pour augmenter l'offre en eau dans les zones de pénurie liée notamment au changement climatique.
Mais le commissariat identifie plusieurs freins qui expliquent le faible développement de cette pratique en France, en revanche très répandue aux Etats-Unis, en Chine et en Israël, ou, plus près de nous, en Espagne et en Italie.
Le premier frein identifié est celui du coût de la réutilisation des eaux usées par rapport aux autres sources d'approvisionnement en eau, et en particulier le prélèvement d'eau dans le milieu. Plus les normes de qualité des eaux usées sont exigeantes, explique le CGDD, plus le coût de production d'une eau réutilisable est élevé. Ce qui est le cas en France où l'arrêté du 2 août 2010, qui devrait d'ailleurs être prochainement modifié, fixe des prescriptions graduées selon le type d'usage des eaux traitées : ces prescriptions sont plus sévères en cas d'arrosage de cultures maraîchères que de forêts. Il faut dire que les eaux usées sont susceptibles de contenir des micro-organismes pathogènes et également de modifier l'équilibre des sols.
Afin de réduire ce différentiel de coût peu incitatif, les auteurs suggèrent de se pencher sur les exemples israéliens et espagnols où les surcoûts liés au traitement des eaux usées sont mutualisés avec l'ensemble des usagers de l'eau de la zone concernée. "Cette « mutualisation » qui répartit les surcoûts permet de prévenir les conflits d'usages, par le recours à des ressources alternatives économiquement rentables pour les usagers (agriculteurs) puisque subventionnées", estime le CGDD.
Les Français sont toutefois réticents à payer la totalité du surcoût lié à la réutilisation des eaux usées. "Le consentement à payer des Français pour ne pas avoir à réduire leur consommation d'eau en situation de rareté accrue de la ressource reste (…) modeste", relève l'enquête du CGDD. Seul un quart d'entre eux, expliquent les auteurs, déclare préférer conserver leur niveau actuel de consommation, contre une augmentation du prix de l'eau et encore en limitant celle-ci à 8% du prix actuel. Ils expliquent la faiblesse de cette valeur par la difficulté des ménages à se projeter dans une véritable situation de tension sur les ressources en eau.
Mais faut-il déplorer ces résultats comme semble le faire le CGDD ? Ils signifient aussi que les trois-quarts des répondants diminueraient leur niveau actuel de consommation en cas de baisse de la quantité d'eau disponible en France. Cela semble plus vertueux que de payer plus pour garder son niveau de consommation…
Un autre frein à la réutilisation des eaux usées soulevé par le CGDD est la faible acceptabilité sociale de cette pratique par les Français.
Ceux-ci consomment déjà des fruits et légumes importés de pays où la réutilisation des eaux usées est fréquente, comme l'Espagne. "Pourtant, un tiers des Français dit ne pas être prêt à consommer des fruits et des légumes irrigués avec des eaux usées traitées", s'étonnent les auteurs, qui en déduisent que les consommateurs connaissent peu l'existence de ces pratiques à l'étranger.
Mais, s'ils la connaissaient mieux, continueraient-ils à consommer autant de produits étrangers ?